Créées au début des années 2000, les Éditions du Désir affirment leur vocation singulière et leurs perspectives de développement.

 

L’édition aujourd’hui et notre choix stratégique

 

Peu à peu les acteurs traditionnels du livre et de l’édition prennent en considération plus sérieusement la révolution numérique et s’ajustent. Timidement, mais on peut légitimement évoquer la métaphore du paquebot et de ses changements de trajectoire ou de vitesse.

Une maison d’édition née à l’aube d’une période de changements majeurs est bien placée pour saisir ces mutations, innover, expérimenter, servir de poisson pilote… parce qu’elle maîtrise aussi un aspect essentiel du transmédia : le storytelling, la trame narrative indispensable à toute communication vivante, de la plus discrète à la plus inspirée par la fiction. Notre savoir faire porte aussi sur les multiples modes et supports de diffusion, sur les accès, pour amplifier l’expression de la pensée, de la connaissance, et s’appuyer sur l’art du récit.  Les médias ne sont plus étanches les uns aux autres, ils s’interpénètrent, qu’on le veuille ou non, et le partage subvertit toutes les normes et protections, de l’isolement.  Le public est demandeur d’une continuité de l’histoire qui le fait vibrer, d’un accès facilité à la connaissance dont il a soif, d’un lien immédiat avec les personnes qui s’expriment comme auteur ou simplement comme intéressés par les mêmes sujets qu’eux.

Le livre se relit et se prolonge sur la tablette et le téléphone, s’illustre dans la vidéo, se critique dans l’émission, se joue en ligne, se discute sur les réseaux sociaux, se découvre, s’éclaire sur Wikipédia, s’écoute, s’entend en paysage sonore, s’autorise le conte sur une place publique, se lit dans une librairie, se prolonge en apprentissage augmenté, renvoie à d’autres auteurs… qui se lisent autrement, etc. Les circuits, les intervalles, les haltes, sont en nombre infinis et appartiennent au trajet de la vie. Le livre lui-même devient sans fin. Imprimer à la demande permet de le modifier sans cesse et de le distribuer de manière contextuelle, de le territorialiser, de l’amplifier à la demande ou… à partir de l’inspiration artistique.

C’est pourquoi nous nous saisissons pleinement du concept de transmédia. Un concept que les publicitaires, l’industrie cinématographique, les opérateurs télécoms, particulièrement aux USA, puis d’autres dans leur sillage, se sont bien vite appropriés. Nous pensons qu’il en va de perspectives différentes en concevant le transmédia à partir du livre.

C’est de ce point de vue que nous concevons ce nouveau métier de l’édition. Non que le livre soit nécessairement premier, dans un projet transmédia. Mais il est toujours, dans notre activité, l’un des éléments clés. Il est possible par exemple de concevoir une collection à partir de l’intérêt du public pour des thèmes ou des situations qui ne sont pas habituellement traités par le livre, de mener des recherches et réflexions transmédia qui sont habituellement du domaine de l’essai écrit.

Le statut de l’auteur, naturellement, se transforme, comme se transforme le rôle du public, devenant acteur et non simple destinataire. L’auteur n’est plus le représentant d’une totalité et d’un aboutissement que serait son écrit. Il devient un acteur des thèmes et des histoires qu’il produit, un acteur ouvert sur de multiples interactions. Avec d’autres « auteurs », au sens large, du thème, de l’histoire, du lieu, etc. Avec d’autres narrations, documents, médias, et avec les lecteurs, auditeurs, discutailleurs de réseaux dits sociaux, etc.

L’auteur, c’est aussi le public qui entre dans un jeu participatif, parfois essentiel.

Dans cette perspective, une orientation éditoriale est-elle possible?

La politique éditoriale

Les compétences des fondateurs des Éditions du Désir viennent autant de la littérature, de la linguistique, que des technologies de l’information, de leurs usages, de la recherche sur les réseaux sémantiques, aussi, et du management des organisations, notamment du KM, le management de la connaissance, qui accompagne les grands changements organisationnels et relationnels dus à l’usage généralisé des technologies.

Or entre ces univers, un pont s’est progressivement matérialisé, le storytelling, l’expression, la communication narrative. C’est bien ce qu’exprime le concept, devenu très à la mode, plein de promesses, et qui suscite diverses expérimentations de transmédia storytelling.

Nous le travaillons actuellement dans des réalisations qui relèvent d’une perspective éditoriale originale.

  •  La vie et l’histoire des territoires et de la culture : utiliser la fiction, la rencontre de personnages réels et fictifs, pour présenter des lieux, leur histoire, leur vie actuelle… La culture, le tourisme et tous les centres d’intérêt qu’ils engendrent, fournissent une substance qui se croise avec la trame narrative, se déploie et « s’augmente » sur Internet, les réseaux sociaux, ou encore avec le e-tourisme. Cette ligne se prolonge avec une collection de « guides » transmédia qui ne se rapporte pas qu’aux territoires.
  • Les « essais », l’actualité, le journalisme narratif. Nous approchons ainsi une nouvelle forme de journalisme narratif, qui peut impacter en même temps le « datajournalism ».
  • Nous nous adressons aussi à des auteurs intéressés par la pratique de la narration sur des thèmes qui relèvent de la recherche et la transmission de connaissances, ainsi que par l’amplification transmédia de leur travail. De très nombreux domaines de l’édition, sont concernés et offrent un potentiel important. Habituellement séparés en disciplines et pôles d’intérêt divers, ils entrecroisent ici des savoirs, des pratiques sociales, des expériences artistiques…
  • D’autres projets, avec des partenaires séduits par notre approche, vont voir le jour, et nous sommes ouverts à tous les acteurs des médias concernés, aux partenariats éditoriaux avec des éditeurs (de livres) et avec divers acteurs de transmédia. Notre parti pris du livre et de la narration, des idées, notre stock de thèmes et de sites Internet préparés pour notre développement, notre capacité de réaliser des expérimentations suffisamment légères et peu coûteuses, ouvrent un terrain privilégié pour une collaboration concrète et rapide.
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