L’anneau

 

 

 

de

 

 

 

 

Dieu

 

 

 

 

 

Lina

Chelli

 

 

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Il est trois heures.

En toute discrétion, Frédéric tourne la clé dans la serrure.

Le hall d’entrée est allumé, la salle à manger éteinte,
mais son alcôve au fond est éclairée. Il s’avance.

Rose-Marie s’active devant son chevalet, elle ne se retourne même pas à sa venue,
elle sait que c’est lui qui est entré, elle n’a pas besoin de le voir, elle ressent sa présence.
Elle continue tranquillement à peindre tout en esquissant un sourire à peine perceptible
et immédiatement contenu. Il se positionne derrière elle et la contemple en silence.

Il ne peut s’empêcher de dire à voix haute les mots
que lui inspire la magie de l’instant.

« Ainsi, prenant l’objet, prenant la toile nue,

L’artiste crée le monde et en peint son reflet »

– Seriez-vous poète ?

– Devant un tel chef d’œuvre en devenir, les mots qui fusent
dans mon esprit ne m’appartiennent plus, ils ne sont que
la pâle expression d’un immense talent. Vous ne dormez jamais ?

– Je vous attendais.

– Il ne faut pas. Je ne suis qu’un passant, et peut-être un cherchant,
je dois poursuivre ma route afin de tracer ce chemin qui s’ouvre devant moi,
mais il est merveilleux puisqu’il m’a permis de croiser le vôtre.

Elle se retourne enfin. Ses yeux se lèvent vers les siens, la profondeur de son regard
transperce l’âme de celui qui le reçoit, et l’humidité latente qui en émerge
trouble de plus en plus celui qui la ressent. L’attraction de ses sens est
à peine rassasiée lorsque ses doigts maculés de peinture effleurent
maladroitement ceux de celui qui en est responsable.
Cet irrésistible besoin du contact des chairs est partiellement assouvi
lorsqu’il la relève et la serre tout contre lui pour y déposer
un chaste baiser sur ses lèvres tremblantes.

Ce souffle chaud qui l’effleure à peine, réveille encore un peu plus
toute la sensualité enfouie depuis de longues années dans l’oubli
de sa féminité si longtemps réfrénée.