La réunion en un seul volume des quatre séries d’ Homo sacer (Seuil) permet de prendre toute la mesure de la pensée de G. Agamben dont l’œuvre nous a enseigné, au fil d’une trentaine d’essais égrenés en trois décennies, à nouer autrement — par le biais de la plus scrupuleuse philologie — les rapports de la politique, de la métaphysique et de la morale. La nouvelle livraison de la revue Critique , supervisée par E. Kavi, vient offrir une chambre d’échos aux riches débats qu’a suscités cette somme, en offrant deux textes inédits et un dialogue entre le philosophe italien et l’historien français, P. Boucheron. Paraît dans le même temps un nouvel opus Le mystère du mal. Benoit XVI et la fin des temps (Bayard), qui s’interroge sur le « grand refus » du pape pour rapporter la crise que traverse notre société à un divorce entre légitimité et légalité ; la crise « ne met pas seulement en question la légalité des institutions, mais aussi leur légitimité, ni seulement, comme on le répète trop souvent, les règles et les modalités de l’exercice du pouvoir, mais le principe même qui le fonde et le légitime ». Un titre plus inattendu encore de G. Agamben est à paraître dans les jours qui viennent, dans une traduction de M. Rueff : Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens en quatre scènes ; le philosophe y commente les extraordinaires dessins que Giandomenico Tiepolo composa autour de la figure de Polichinelle, pour dire adieu au monde des hommes et au monde de l’art : Polichinelle, c’est le défi du monde comique au sérieux de la philosophie, que relève Agamben pour opposer la tragédie et la comédie au regard d’une philosophie du caractère, de l’action et de la liberté.

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