Qu’est-ce qu’une nouvelle ?

L’éditeur s’étonne… De l’écriture, de la belle écriture, plus souvent que l’on imagine : c’est le quotidien de ce qu’il reçoit. Mais, mauvaise nouvelle, lors d’un concours de nouvelles, cette écriture n’a pas pris la forme d’une nouvelle !

Que faut-il, pour que votre texte soit effectivement une nouvelle ?

Un texte court

Cela, c’est acquis, grâce au concours, qui indique un nombre maximum de pages. Mais si cela reste formel, c’est raté. Le court doit être dans le patrimoine génétique de votre texte. Court = Intense… acéré, carabiné, complet, cru, dense, excessif, extraordinaire, extrême, fervent, fiévreux, forcené, fort, frénétique, glacial, grand, gros, haut, immodéré, infernal, insondable, insupportable, profond, puissant, sévère, solide, terrible, véhément, vif, violent… je vous confie ces analogies pour qu’elles vous inspirent.

Les actions mènent le texte et font avancer l’histoire

Vous ne racontez pas tout. Vous ne décrivez que ce qui accroît, intensifie, augmente, une ambiance particulière. Ce qui est raconté permet au récit de passer une phase. La phrase, c’est la phase… Et la chute, c’est la réussite. Chut ! Le suspense, c’est mettre en suspend, en souffrance, mais délicieuse, le lecteur. Et la contre-chute peut venir lui faire le clin d’œil final. Je t’ai bien embarqué, hein ?

Les personnages permettent de se projeter, s’identifier, s’interroger

Mais on n’approfondit pas leur caractère, on le devine, on le prend en pleine figure, on l’adore ou on le haït, il est là pour qu’on éprouve des sensations et des émotions. Et lui aussi pour faire avancer l’histoire, pour précipiter les choses.

Le déroulé de l’histoire

C’est très bien de l’avoir en tête, mais c’est mieux d’écrire le scénario rapide auquel vous pensez, les moments clés, les éléments essentiels, les tensions stratégiques.

Je pourrais faire comme tout le monde, citer les étapes canoniques venues de l’ami Propp. Et je le fais : 5 grandes étapes

  1. La situation initiale ou incipit, qui ne doit pas être insipide, mais il faut bien démarrer, non, et faire entrer le lecteur dans l’histoire; poser des éléments pour que l’autre, le voyeur,  le lecteur, puisse comprendre, tu comprends ?
  2. L’élément déclencheur, perturbateur, le bouleversement, l’altération, le branle-bas, la brisure, le cataclysme, le chambard, le choc, la convulsion, le dérèglement, l’émoi, l’incendie, le ravage, le saccage, le saisissement, la secousse, le séisme, le soubresaut… Le bel équilibre initial est rompu. le lecteur est dans l’histoire
  3. Les péripéties, le nœud, tout ce qui arrive à la suite de la brisure. Et place aux héros de l’histoire. Que vont-ils faire, comment vont-ils s’y prendre, qu’est-ce qu’ils vont ressentir ?
  4. L’élément de résolution, le dénouement, quand les noeuds se défont
  5. La situation finale, où chacun a évolué

Tout cela peut vous servir, surtout lorsque vous restez dans un schéma purement descriptif, sans incarnation, où on attend les péripéties jusqu’à la fin, et où rien n’est résolu puisqu’il n’y a rien à résoudre.
Mais, patatras… J’ai créé une situation initiale, le schéma utile en 5 parties, et voici que l’élément perturbateur pointe le bout de son nez. Et je le renforce : à part au collège, on ne croit plus au schéma structuraliste de l’ami Propp. Voyez des analyses avec exemples, Les impasses du schéma narratif ; ou le commentaire du fameux commentateur Marc Laroche ici : « Il y a un élément que vous ne prenez aucunement en compte, et qui est pourtant bien plus déterminant que vos recettes, c’est l’écriture même de la nouvelle, le « tissu » des mots, l’invention d’une syntaxe, d’un lexique personnels, et même la façon d’hésiter, voire de s’égarer, dans le récit que l’on mène (voyez Giono, Conrad…)« .

Et voilà : pas de dénouement, une chute brutale.