Un messager dans le temple

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Le début d’une histoire palpitante

New York, la ville aux deux mondes. Un soir d’automne 2028 dans le quartier des mystiques. à l’angle de la vingt-troisième sud et du soixante-treizième ouest, non loin du dernier centre d’étude de la Kabbale du comté. Il fait très chaud. Depuis dix ans, il fait de plus en plus chaud.

Dans cette partie de la ville sont installés différents ordres d’études philosophiques ou ésotériques, reconnus de droit afin de pouvoir exercer leurs activités en toute légalité. Derrière les grandes portes massives en bois sculpté d’un bâtiment du CLIPSAS[1], l’Ancienne Alliance maçonnique inter obédientielle est toujours très active, et ce soir, sous les atours de l’héritage Strasbourgeois du siècle dernier, une tenue moins ordinaire que les convocations régulières défie la pugnacité des frères présents.

La lumière de la bougie, au-devant du plateau, éclaire juste ce qu’il faut pour que son occupant n’ait pas à souffrir pour prononcer, à la demande du président de cette assemblée, la conclusion de sa planche[2] devant tous les membres présents. Celui-ci reprend donc la parole et dit :

— Je souhaitais préciser que les labyrinthes dignes de cet héritage tirent leur nom de Lope-rohounit, qui désignait le temple égyptien possédant ce type de dédale dont les profanes devaient s’affranchir pour accéder à leur lieu d’initiation. Et enfin je terminerai par une question : N’en est-il pas ainsi avec toutes ces manifestations hors pair, naturelles ou non, qui s’imposent à nous aujourd’hui, de plus en plus, et ce, partout dans le monde entier ?… Ne serions-nous pas confrontés à une voie initiatique, où tous ces signes seraient en fait de multiples perspectives, comme autant d’énigmes déversées par le grand sphinx devant les présomptueux que nous sommes, pour avoir cru un moment pouvoir maîtriser le monde… dans lequel nous ne sommes toujours que des novices à initier.

Un silence se fait. Ou plutôt, le silence se prolonge et change de nature… Seule animation, la danse chaleureuse des luminaires de circonstance, éclairant le temple tout en apportant la convergence mystérieuse et mystique que chaque esprit a l’opportunité de saisir… Les regards sur les rangées de droite et de gauche, après s’être un peu abîmés en eux-mêmes, se perdent à présent de ça et de là dans le temple. Il est vrai que dans ce lieu, tout porte à se désunir du temps et d’un XXIe siècle noyé dans un matérialisme plus proche que jamais de l’obscurantisme, celui-là même, honni et rejeté du Siècle des lumières, par lequel il est pourtant devenu encore plus prégnant.

Malgré le peu de luminosité qu’apporte cet éclairage, on peut admirer derrière les décors du rite des murs de pierres taillées et des sculptures ornementales qui, autour des portes, signent le magnifique travail des bâtisseurs d’antan. On peut aisément emprunter le rythme saisissant de leurs frises qui courent et soulignent tous les murs de cet endroit, profitant des jeux d’ombres et de lumières pour apporter les rides indispensables des temps anciens sur ces lieux, tout comme sur ces réunions, héritières fidèles, elles aussi, d’une tout autre époque.

L’ambiance devient chargée à présent, car si les vagabondages d’esprit empruntent souvent les voies de la réflexion, ils en sortent aussi très vite pour devenir hélas, la plupart du temps, assez stériles, et se tiennent bien éloignés de la profondeur d’un esprit contemplatif. La lassitude d’une réflexion jamais aboutie a alourdi ces lieux. Une chape de plomb s’installe, pesante à souhait, comme il est devenu de coutume dans cette loge. Deux heures déjà se sont écoulées et il faut avouer que, malgré la qualité des travaux, c’est au rythme lent des mots et des interventions, plus obséquieuses que judicieuses sur tout ce qui a été présenté, que la majorité des présents se sont exprimés. Et cette réunion n’est pas encore finie. Arrive encore (ou enfin) le rapport de la commission éthique et environnement.

Quelques souffles impatients sortent de ça et de là dans les rangées, alors que les plus anciens ont, pour certains d’entre eux, déjà succombé à la douceur accablante d’un sommeil immérité dans les larges fauteuils au velours usé.

Tout change brutalement sous le coup vif et sec du maillet de bois d’acacia qui vient frapper le plateau du président, un coup savamment porté afin de réveiller les troupes et stimuler les ardeurs… Le président, appelé le Grand Maitre d’œuvre, va s’exprimer.

— Mes frères… Prononce-t-il, veuillez prêter maintenant attention à la seconde partie de notre ordre du jour. J’invite l’Orateur du rapport de la commission éthique et environnement à nous faire sa lecture. Je sais qu’ils ont tous durement travaillé pour nous apporter le fruit de leur réflexion, et ce sera notre Frère Erie qui lira ce compte-rendu à la place du rapporteur officiel qui n’a pas pu être des nôtres ce soir. Mon frère Erie, tu peux prendre la parole depuis ta place.

Les assoupis sont de nouveau réveillés, ils se réajustent mollement sur leurs sièges et redonnent à leurs tabliers[3] et sautoirs*[4], par des gestes habituels, un semblant de convenance. Un à un, tous les regards se tendent vers le plateau de l’orateur du moment.

Celui-ci se dégante sous l’accord silencieux du président des lieux et commence sa lecture :

— Grand Maitre d’œuvre et vous tous…. en cette ère vulgaire 6028, voici le constat et les réflexions des loges de la côte Est sur les événements climatiques et atmosphériques, leur cause probable et les remèdes que la commission préconise. Avant de commencer le rapport, je veux signaler que nous avons été dans l’obligation de faire mention des phénomènes dits « exotiques », qui, comme nous tenterons de le démontrer, sont effectivement impliqués dans certaines causes dommageables.

A ces derniers mots, certains visages se froncent alors que sur d’autres des sourires moqueurs se dessinent et, dernière réaction inattendue pour l’un des invités présents, qui lui… regarde instinctivement sa montre, tout en pensant :

— Vingt-deux heures dix… il est donc un peu plus de quatre heures du matin… tout devrait être bientôt terminé.

[1] Le Centre de liaison et d’information des puissances signataires de l’appel de Strasbourg (CLIPSAS) est une organisation internationale d’obédiences maçonniques libérales. Il est né le 22 janvier 1961 à Strasbourg à l’initiative du Grand Orient de France et de onze autres puissances maçonniques souveraines. Émus par l’intransigeance et les exclusives qu’ils estimaient abusives de certaines autres obédiences, elles lancèrent un appel à toutes les maçonneries du monde afin de les réunir dans le respect de leur souveraineté, de leurs rites et de leurs symboles. Le CLIPSAS est composé à ce jour de 40 Obédiences, représentant 21 pays venant des Amériques du Nord et du Sud, de l’Afrique et de l’Europe.

[2] On appelle une Planche, un travail d’écriture réalisé par un membre d’une loge maçonnique devant être lu à haute voix devant l’assemblée de tous les autres membres.

[3] On appelle tablier un ornement en tissus ou en cuir, qui est ceint autour des reins de chaque membre d’une loge maçonnique.

[4] On appelle sautoir le collier de tissus qui est passé autour du cou et qui descend sur la poitrine, celui-ci est porté par certains membres de la loge maçonnique.

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Extraits : Contes solaires

Pour mettre l’eau à la bouche

Arrêt sur image

Philippe et Liliane n’avaient pas voulu habiter dans l’une de ces maisons quelconques, toutes les mêmes, bâties sur un terrain plat dans la plaine de Saint Mathieu de Tréviers. Ces lotissements uniformes, très peu pour eux. Ils voulaient abriter leur amour dans un décor poétique et fuyaient comme la peste ces endroits confortables et aseptisés qu’ils appelaient bien injustement « des HLM horizontales ». Non, eux étaient poètes et jardiniers, rêveurs et amoureux ; ces doux dingues s’étaient entichés d’une vieille maisonnette en pierres, tout en haut de la colline, à l’extérieur du vieux village de Saint Mathieu. Il fallait pour y accéder lorsqu’ils emménagèrent, en 1991, emprunter une étroite route en lacets qui grimpait, laisser sur la droite les ruelles étroites et poursuivre en direction du château de Montferrand. C’étaient les ruines du château en réalité : imaginez les restes d’une forteresse médiévale, un semblant de tour et de remparts en grande partie effondrés, tout en haut de l’une des collines boisées. Le promeneur qui voulait les approcher devait emprunter un rude sentier de pierres et de caillasses qui attaquait la pente parfois très frontalement, souvent en zigzagant, mais toujours dans les senteurs délicieuses de la myrte, du polygonum, du lierre, et les yeux charmés, selon les saisons, par les couleurs des cistes blancs ou mauves, des bleus romarins, des chèvrefeuilles jaunes et quelquefois rouges, et du thym mauve si odorant aussi. Leur choix s’était porté sur cette maison, moins pour la qualité de son habitat que pour la beauté et la tranquillité de cet environnement. Surtout que, si elle était petite, elle offrait l’inestimable avantage, à leurs yeux, d’être abritée des regards derrière des murs en pierre d’au moins trois mètres de haut, et entourée de trois mille mètres carrés de jardin sans le moindre voisin alentour. Ils vivaient là, heureux (pour toujours croyaient-il, les naïfs !) et nus car le coin est chaud de mai à octobre, désert aussi, leur laissant tout loisir de s’aimer librement d’un amour très sensuel. Impossible d’expliquer cette façon de vivre, d’autant qu’avant de rencontrer Liliane, Philippe était peu porté sur la chose.

C’était un homme très différent de l’image qu’il projetait. Au physique, sa grande taille proche des deux mètres nous dominait sans méchanceté. Il était mince et ne faisait pas étalage d’une musculature particulière. Longiligne, peu poilu, les muscles comme effilés, rien d’apparent vraiment. Eh bien détrompez-vous. Ce type se shootait au sport. Il ne pouvait pas s’en passer ; il ne voulait épater personne, il le faisait uniquement par plaisir. A six heures du matin, quel que soit le temps, il sautait du lit et enfilait sa tenue de course pour galoper dans les caillasses jusqu’au château. Croyez-vous que cette heure de raid solitaire lui suffise ? Pas du tout. Après sa journée de maçonnerie, il enfourchait son vélo et filait sur les petites routes de campagne à travers les vignes et les garrigues. Les jours de repos, il lui fallait beaucoup plus : canoë, VTT, course, volley, tout lui était bon. C’est aussi pour ça que la gironde Liliane en était tombée raide dingue. Gironde et non pas ronde, encore moins grosse, Liliane était une femme jocondement enrobée, désirable d’ailleurs avec ses formes de partout, joliment musclées où il faut, et sa peau laiteuse. Car elle comme lui étaient blancs de peau, tout méditerranéens et naturistes qu’ils soient. Liliane n’avait donc pas mis plus de 10 minutes à comprendre que Philippe était l’homme de sa vie, dès leur première rencontre au village ; elle avait 26 ans, lui 29. Ils formaient un beau couple en dépit de leurs différences : il était manuel et sportif,  elle ni l’un ni l’autre ; elle travaillait à la bibliothèque et ne faisait un peu de sport qu’épisodiquement ; elle aimait surtout être avec les autres, papoter, jardiner, visiter sa famille. Philippe, au contraire, était réservé, et pas seulement à l’égard des tiers. Au début, il l’avait été aussi envers Liliane. Parce qu’il était timide et qu’il sortait d’une relation amoureuse aussi longue que tumultueuse, de quoi douter de lui, d’elles, de la vie à deux. Mais Liliane l’avait rassuré; sa tendresse l’avait enveloppé de chaleur et la vénération qu’elle lui vouait l’avait flatté. Au début, comme souvent, tout alla très bien entre eux. Leur entente parfaite sautait aux yeux. Ce n’est qu’après cinq ans de vie commune que de minuscules lézardes apparurent. Aux premiers coups de griffe de Liliane rappelant Philippe aux contingences de la vie à deux (tu pourrais faire les courses de temps en temps quand même !), à ses premiers reproches sur la place qu’il donnait au sport, il se braqua.

– Tu le savais en venant vivre avec moi que j’ai besoin de bouger, non ?

– Oui, mais enfin j’aimerais sortir de temps en temps, tu vois ?

– Et moi, je trouve qu’on est très bien ici, peinards.

– Bien sûr, mais rien n’empêche de s’ouvrir aussi aux autres.

– Bof.

– Et puis, Philou chéri, j’ai envie d’un enfant de toi.

A ces mots, Philippe se raidit, malgré le doux diminutif; elle le vit de suite à ses gestes, puis au ton de sa voix et au choix de ses mots.

– On est trop jeunes pour avoir un enfant. Je n’en veux pas d’un enfant. Plus tard peut-être…

– Pourquoi peut-être ?

 …….

La suite, dans le recueil de nouvelles

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Une autre nouvelle de Didier Amouroux, ici le texte complet

 

Fenetre sur cour : Extraits

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Sa gueule ronde toute noire me regarde. À deux centimètres, pas plus. Le trou du cul du diable. La porte des enfers. C’est drôle comme mon cœur est tranquille pourtant. Et mes mains, elles ne tremblent même pas. Je dois être fou, oui, c’est ça, je dois être fou. J’ai acheté des fleurs. Des roses rouges, celles qu’elle préfère. Elles symbolisent l’Amour Passion. La fleuriste a ri ; en faisant le paquet elle m’a dit…
Maman, tu as vu, la dame pleure Dépêche-toi ma chérie, nous allons être en retard Tu as vu, le monsieur avec des ciseaux lui coupe ses cheveux, pourquoi ? C’est rien, allez viens Il coupe les cheveux de toutes les dames ? Viens, on va se faire gronder si on arrive les derniers Rue de la Paix à Paris. Une petite Aurore au pas mal assuré, traînée par sa maman, tire en arrière, la tête tournée vers l’attroupement qui donne spectacle.
Maître Lambert est reparti sans rien dire, juste grommelé, Et si… Il me laisse en plan, je relâche la pression de ma main sur la lame d’acier glissée sous mon tee shirt. Aiguisée comme un rasoir, dois faire gaffe, pas me blesser avec ce truc. A l’atelier, personne ne s’est aperçu de sa disparition. —

Rien n’est plus fragile qu’un œuf. Comme un bébé, tout en  rondeur, tout doux, tout lisse, ça semble inoffensif. Lové dans ma main au fond de ma poche. Celui-là n’est pas un œuf ordinaire, je dois faire attention au milieu de tout ces gens qui se bousculent pour voir.